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19 mai 2009 : Les producteurs de lait voient rouge...

Moins 30 % en un an ! A Chalons et Charleville, plusieurs centaines de producteurs de lait ont manifeste leur colere le mardi 19 mai 2009 pour protester contre la baisse du prix du lait, la plus forte jamais enregistree depuis une vingtaine d’annee.

DEVANT les portes de la préfecture régionale, une cinquantaine de producteurs ont rejoint (un hasard) les salariés de l'entreprise Grantil inquiets pour leur emploi. La rencontre s'est déroulée dans une ambiance bon enfant sous l'égide de la FDSEA et de la fédération départementale des producteurs de lait (FDPL) qui avait appelé à une manifestation nationale.
La chute des cours du lait (payé aujourd'hui par les industriels aux producteurs 210 euros les 1 000 litres contre 340 en moyenne en avril 2008) est la conséquence de trois facteurs.

Au printemps 2008, la Direction de la concurrence (DGCCRF) avait demandé que cesse le système négocié de la fixation du prix entre l'interprofession et les industriels, au motif que cette négociation contrevenait au principe de libre concurrence.

Paradoxe

Deuxième cause : la fin progressive des quotas laitiers décidée, en 2008, par Bruxelles, pour pallier la pénurie de lait sur le marché européen. L'afflux de lait, consécutif à l'autorisation donnée aux agriculteurs d'augmenter leur production de 15 à 20 %, a entraîné un afflux de lait sur les marchés et par voie de conséquence une chute des cours.
Enfin - troisième cause - cette chute est intervenue au moment où les industriels de la transformation du lait (poudre, beurre) ont exercé sur les producteurs de fortes pressions pour répondre aux exigences commerciales de la grande distribution. « Le paradoxe, c'est que sur les produits de grande consommation qui constituent 50 % du débouché du lait français, on enregistre une hausse de 6 à 10 % des prix selon les marques », constate Bruno Lancelot, un adhérent marnais de la FDPL.

Installé à Anglure, dans le sud de la Marne, cet agriculteur est propriétaire d'un troupeau de 80 vaches laitières.
« En avril 2009, j'ai produit 60 000 litres de lait. En perdant 90 € par mille litres, j'ai donc enregistré une perte d'exploitation de 5 400 € sur mon activité laitière », explique M. Lancelot qui se voit aujourd'hui contraint et forcé de « geler ses projets d'investissement ».

Table ronde

« Les responsabilités de cette situation intenable sont partagées mais la principale est imputable à la grande distribution qui exploite à son profit et non à celui des consommateurs un contexte conjoncturel de surproduction », conclut l'agriculteur.
Hier, une délégation de producteurs marnais a été reçue par le préfet de Région, Gérard Moisselin, qui leur a proposé d'organiser prochainement une table ronde avec les principaux acteurs du dossier.
Mais la revendication des producteurs reste la même : revenir au système négocié du prix qui prévalait auparavant et devrait permettre de réguler les effets (« pervers » selon eux) de la libéralisation du marché du lait défendue par le commissaire européen à l'agriculture, Marian Fischer Boel. Mardi 19 mai 2009, les producteurs marnais ont conclu leur manifestation par une distribution de lait et de tracts aux clients d'une grande surface châlonnaise à qui ils ont expliqué la différence entre le prix moyen payé au producteur (0,30 € par litre) et le prix moyen d'un litre de lait (1,05 € en moyenne).

« Quelle que soit la marque, les coûts sont les mêmes. Il n'y a que la marge des transformateurs et des distributeurs qui varie », ont commenté les adhérents de la FDPL aux rares clients de passage invités à se rendre sur le site web ouvert pour l'occasion par la FDSEA : www.quisegaveleplus.com. Tout un programme…

Gilles GRANDPIERRE

L'UNION du mercredi 20 mai 2009
http://www.lunion.presse.fr/




Henri-Noël Lampaert, 54 ans, est président du syndicat départemental des producteurs de lait dans l'Aisne. Il est installé à Prémont sur une ferme de 41 hectares et produit 550 000 litres par an avec 70 vaches. Associé avec deux autres agriculteurs, il connaît donc bien le secteur concernant dans l'Aisne un millier d'exploitations.

Votre secteur d'activité a connu déjà beaucoup de crises. Comment jugez-vous celle qui sévit actuellement ?
Henri-Noël Lampaert
.- Nous avons déjà affronté différentes crises. La première que j'ai connue s'est déroulée en 1983 avec l'instauration des quotas. Nous avons eu régulièrement des altercations avec les transformateurs. Mais leurs fréquences se multiplient.

Aujourd'hui, quelle est la réalité de l'inquiétude des producteurs dans le département ?
H-N.L. :
Les transformateurs appliquent un prix du lait à 20 centimes environ. Il est nettement inférieur à nos prix de production.

À combien sont estimés ces prix de production ?
H-N.L. :
Entre 30 et 35 centimes, il y a des variantes selon la compétitivité des exploitations.


Propos recueillis par Thierry DE LESTANG


L'UNION du mercredi 20 mai 2009
http://www.lunion.presse.fr/




Pour en savoir plus :


La recherche identifie l'intolérance au lactose des premiers Européens

Surchauffe sur les cours du lait

19 mai 2009 : Les producteurs de lait voient rouge...



L'UNION du mercredi 20 mai 2009
http://www.lunion.presse.fr/








Distribution et discours hier à Châlons : « Si on laisse tomber le lait, c'est toute la filière agricole qui s'en mordra les doigts. »
© Photo : Gilles GRANDPIERRE

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